Edition 2017-10-05 14:53:18
Le Bulletin de l’APM
 Volume VII, numéro 2

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BULLETIN de L'APM

Le Bulletin de l’APM

Volume VI, numéro 2, automne 2016


  

Les archives continuent de s'enrichir de nouveaux documents. Notre archiviste Denis Lessard vient de compléter le traitement du fonds M.D. (APM21). Cette étudiante des années 1950-1960 a légué une abondante correspondance avec sa mère et avec son amie S.P., ainsi que plusieurs carnets de notes de lecture. Le fonds Aimée Bouchard-Bérubé (1870-1949, APM46,) a été traité et la notice peut être consultée sur notre site. Il s'agit du journal d'une couturière du Bas-du-Fleuve. Nous avons aussi accueilli le journal d'Alexandra Bouchard (1962-1992, APM50), du Lac Saint-Jean, accompagné de cahiers de chansons, de dessins et de travaux scolaires de 1926-1929. Des dépositaires continuent d'ajouter à leur fonds déjà créé. Des fonds qui, au début, ne contenaient qu'un journal, renferment maintenant de la correspondance, alors que d'autres s'enrichissent des écrits de membres de la famille et deviennent des fonds consacrés à une famille plutôt qu'à un seul individu. Les Archives Passe-Mémoire s'uniront aux fêtes du 375e anniversaire de la ville de Montréal. Les lectures d'archives du 9 juin 2017, qui célèbrent la Journée internationale des archives, porteront sur quelques grands événements qui ont secoué Montréal et dont on retrouve l'écho dans les documents déposés aux APM. De plus, les Archives Passe-Mémoire sont fières de s'associer aux célébrations du 375e en marrainant l'exposition « 'Lutter c'est vivre'!!! Éva Circé-Côté, libre penseuse montréalaise : une vie, des histoires à raconter, une œuvre vivante toujours d’actualité » à la Maison de la Culture Notre-Dame-de-Grâce, du 6 au 30 septembre 2017. L’exposition a été conçue par Danaé Michaud-Mastoras et subventionnée par la Société des fêtes du 375e de la Ville de Montréal. On y exposera des lettres, des photos et des tableaux de Circé-Côté ainsi que des enregistrements sonores qui rappelleront ses principales réalisations. http://www.375mtl.com/programmation/lutter-cest-vivre-eva-circe-cote-139/.


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LIRE ou ÉCRIRE

 

Lire ou écrire? Quand on tient un journal, la question se pose souvent. On veut raconter sa journée, organiser sur papier ses impressions sur ce qui s'est passé, mais la tentation est là de prendre un livre car lire est tellement plus facile que de saisir son stylo et son cahier et d'aligner des phrases. Le temps consacré à la lecture serait donc un temps volé à l'écriture. Le vol est néanmoins fructueux. Si l'on a parfois l'impression qu'au lieu de tenir un livre ou une liseuse dans ses mains, on devrait plutôt s'emparer d'un stylo ou taper sur un clavier, - car la lecture est plus passive et aligner des phrases n'est pas toujours facile – il faut se rappeler que l'écriture se nourrit des lectures, de leur style et de leurs thèmes. On y retrouve des guides, des maitres, des thérapeutes ou simplement des distractions, des inspirations, en plus du grand plaisir de se faire raconter des histoires, de partager une émotion mieux exprimée par les poètes que par les diaristes. Pas toujours cependant : certaines personnes tiennent un journal en stylistes, alors que la plupart laissent venir en vrac leurs émotions et leur récit d'événements quotidiens ou sortis de l'ordinaire. Les lectures accompagnent la vie de certaines personnes depuis qu'elles savent lire : avec la comtesse de Ségur, Tintin ou Martine, plus tard avec les romans d'amour et d'aventure, l'habitude s'est prise et les auteurs et leurs personnages en sont venus à faire partie de notre vie. On lit partout : dans les salles d'attente, dans un certain fauteuil, dans le métro, debout à l'arrêt d'autobus. J'ai un ami qui se paie trois heures de lecture trois fois par semaine pendant son traitement de dialyse. Le livre se présente encore sur papier, entre deux couvertures, comme depuis des siècles, mais en voyage ou au lit plusieurs personnes optent pour une liseuse dans laquelle se cachera toute une bibliothèque..

On peut lire en solitaire et garder pour soi les réflexions que suscite, par exemple, un livre d'Hubert Aquin, mais le plus souvent on veut en parler, communiquer le bonheur d'une phrase ou critiquer une prise de position qui nous choque. Le journal ou les lettres renferment des références à ce qui nous frappe, nous ravit, dans Gabrielle Roy ou dans Michel Tremblay. La lecture est un bonheur sur lequel on réfléchit après coup et qu'on veut partager. Dans les fonds des Archives Passe-Mémoire, on trouve des allusions à plusieurs œuvres littéraires. Les personnes qui tiennent un journal personnel aiment lire ceux des autres : les noms d'André Gide et de Julien Greene reviennent dans le journal de Thomas Salomon, de Guy Brunelle. On ne peut pas comparer le bonheur de lire à celui d'écrire car chacun appartient à une catégorie différente de plaisir, mais l'un n'exclut pas l'autre, au contraire, chacun se nourrit mutuellement et la mémoire de nos lectures s'insinue dans nos écrits. Au lieu de lire ou écrire, c'est plutôt lire donc écrire.

CITATIONS : « Je suis à lire Terre des hommes de Saint-Exupéry. Quel bouquin! Je le déguste page par page, lentement, et je crois que je réussis assez bien à communiquer avec cet univers philosophique – sagesse – et poétique... Fraternité, solidarité dans le travail, poésie tendre et si humaine  ». Florilège, APM45, 18 sept. 1972. « On ne devrait pas être prévenus de la beauté des chefs-d'oeuvre. Ça diminue la joie qu'on a de les découvrir. Ça vieillit leur jeunesse éternelle ». « La Princesse de Clèves. Madame de LaFayette », M.D. APM21, 1957. « Dans mes petits matins 'chenevertiens', [Gabrielle Roy] ouvre une clairière et mes pas sont éclairés un moment, une heure par jour ». Pagesy, APM14, 2 décembre 1997. *          *          * Extraits d'archives sur la lecture : « Je suis à lire Terre des hommes de Saint-Exupéry. Quel bouquin! Je le déguste page par page, lentement, et je crois que je réussis assez bien à communiquer avec cet univers philosophique – sagesse – et poétique... Fraternité, solidarité dans le travail, poésie tendre et si humaine  ». Florilège, APM45, 18 sept. 1972. « On ne devrait pas être prévenus de la beauté des chefs-d'oeuvre. Ça diminue la joie qu'on a de les découvrir. Ça vieillit leur jeunesse éternelle ». « La Princesse de Clèves. Madame de LaFayette », M.D. APM21, 1957. « Dans mes petits matins 'chenevertiens', [Gabrielle Roy] ouvre une clairière et mes pas sont éclairés un moment, une heure par jour ». Pagesy, APM14, 2

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COMPTES-RENDUS de fonds déposés aux APM

 

APM 46 Aimée BOUCHARD-BÉRUBÉ Dans la région de Kamouraska, Aimée Bouchard a 22 ans quand elle entreprend de tenir un journal dans lequel elle raconte les événements quotidiens, les étapes du calendrier, les anniversaires, les offices religieux, les visites et les veillées, le passage du quêteux, les soirées musicales où elle accompagne le violoniste au piano, et aussi ce qui se rattache à son métier de couturière, de l'achat d'une machine à coudre aux confections pour ses clientes. Le journal d'Aimée ne fait pas état de ses sentiments ou de ses émotions, mais on y trouve des descriptions d'une époque où, dans une société rurale, régnait la débrouillardise. Ainsi on apprend quelques remèdes domestiques : pour le soulagement presque immédiat de grande brûlure, sa mère applique « de la charpie de toile du pays et du poil de chien grillé ». (1er mai 1915). La vie d'Aimée est agrémentée de veillées, de soirées musicales et dramatiques, et de parties de cartes quand les veilleux viennent « bonjourer », mais les « grands événements » méritent peu de commentaires. Les seules allusions à la Guerre de 14 surviennent lorsqu'en novembre 1914 elle quête, dans son petit village, pour les enfants belges; quand en novembre 1915, une voiture est frappée par un train de soldats; et quand, un 11 novembre 1918, l'armistice est simplement mentionnée. L'épidémie d'influenza, en octobre 1918, touche beaucoup plus directement la narratrice qui n'y échappe pas et doit se faire soigner chez ses parents.

Elle est très discrète sur ses fréquentations, cependant quelques mois avant son mariage, elle se confie : « je vais faire la jase avec Albert dans la salle et... ». À nous de deviner. Leur mariage fut heureux, en 1932 ils adoptèrent une enfant à la crèche, mais le travail d'Albert était irrégulier et Aimée contribuait à la survie du ménage grâce aux longues heures de couture : robes de mariées ou « du neuf dans du vieux », tard le soir et très tôt le matin, elle reprenait ciseaux et aiguilles. Pour suivre le travail d'Albert, la famille passe neuf mois à Kénogami en 1943 mais doit revenir quand les crises d'asthme d'Albert le force à abandonner. Il décède trois ans plus tard. Le journal se poursuit jusqu'à la fin de 1949, Aimée Bouchard-Bérubé décède en 1963 à 71 ans.

EXTRAITS « Les paroissiens de St-Philippe offrent à leur curé un capot en chat sauvage, un grand châle de laine et une paire de gants ». 31 décembre 1913.

« 'Notre-Dame de la Protection, protégez-vous', m'écriais-je hier soir à 9:15 hrs, alors qu'un violent tremblement de terre ébranla la maison, au point de jeter par terre pour se casser en mille miettes : une lampe, trois statues, des bols à thé, sucrier, porte-cuiller etc... Quelle nuit terrible ô mon dieu! Avec ses secousses répétées plus ou moins fortes. Papa nous encourageait de son mieux en disant chaque fois : 'Ça doit être la dernière!' Mais ce n'était jamais la dernière puisque ça continuait encore ». 1er mars 1925.

« Nous faisons l'acquisition d'une laveuse électrique Beatty, tannée que je suis de laver à la planche avec, heureusement, une essoreuse à main placée sur le dossier d'une chaise spéciale c'-a-d assez grande pour y placer une cuve convenablement ». 28 octobre 1933. « Que c'est fatiguant d'être si pauvre! » 6 juin 1946

Andrée Lévesque

Rares sont les Québécoises du 19e [i] la quiétude, affecté que j’étais par les retombées qu’avaient sur moi une question obsédante, des relations conflictuelles, un secret inavouable ou une blessure intime. Poussées par le vent fort d’une nécessité toute intérieure, les pages se sont accumulées, ont façonné   ma vie et causé une soif qui s’est accrue et qui n’a jamais été satisfaite, heureusement.

Ce journal que j’ai privilégié pour m’exprimer a cheminé avec moi: avec le temps, j’ai dépassé l’anecdote, je me suis moins arrêté aux répercussions émotives des situations; l’analyse de mes réactions ou de mes choix a pris le dessus. Passant progressivement du miroir à la fenêtre ouverte; j’ai trouvé cette intériorité oxygénée, sans laquelle mon histoire me semblait décousue et sans contenu, avec laquelle je pouvais écrire des choses qui pouvaient m’étonner, que seul je pouvais apporter. Aux jours plus sombres, j’ai affronté des vents contraires ou tourbillonnants et cherché à débloquer des freins pour une marche essentielle : les compensations faussement apaisantes, les moyens d’évasion ou les faux-fuyants. Pour contrer une torpeur si naturelle en de semblables nuits, dans mon journal, je me suis fait exigeant : pour rester en état d’éveil, je me suis consacré au labeur gratifiant de l’écriture avec constance.

Une vive aspiration anime toujours ce journal; elle est reconnaissable dans une exploration visant les confins du soi. Sur une rive de mes terres intérieures, la plus lointaine que j’ai pu approcher, j’ai saisi qu’il traduit une attente, un profond désir, une intense recherche de dialogue et de correspondance.

 

*

En juin 1998, j’ai préparé mon testament et envisagé, non sans peine, de laisser mon   journal personnel à d’autres. Plus qu’une trace, ce journal représentait une empreinte qui avait établi son dessin peu à peu, imperceptiblement, comme celle d’un fossile de Miguasha. Mes écrits parcellaires déposés comme de fines particules s’étaient en quelque sorte agglomérés et formaient le moule d’un visage unique, fragile comme ce qui a été rarement exposé au grand jour. Qui pouvait accueillir ces écrits personnels où je me découvrais, dans tous les sens de ce terme?

En août 2010, détaché de lui depuis quelques années, j’ai confié mon journal aux Archives Passe-Mémoire. Que pourrait-on en retirer? Des données concernant des personnalités, des événements d’ici ou d’ailleurs, un contexte social ou politique, à même mes souvenirs, mes réflexions et le récit de mes déboires qui pourraient aussi ajouter des pistes pour saisir le monde dans lequel j’ai évolué. Depuis ce dépôt aux archives, j’ai repensé au caractère particulier de mon apport de diariste, surtout au don de moi-même qu’il recèlera ultimement.  

À la différence des débuts de ce journal, un jour, j’entrerai dans un hiver sans fin avec l’espoir que certains regards pourront donner des éclats de renaissance à quelques extraits de mes manuscrits, tout au moins. « Nos vies ressemblent à ces parchemins enroulés sur eux-mêmes qui, à la fin de nos jours, ne livreront plus rien aux regards. Plaise à Dieu qu’il en reste quelques fragments qui révéleront la flamme qui nous habitait. »[ii] En recherche de communion, d’ici là, je m’appliquerai à l’écriture pour que l’on accueille, dans une solitude comme la mienne, mon héritage par excellence : « un journal si personnel que, bien au-delà des jours de son auteur, on y trouve encore son cœur, qu’on y perçoive toujours ses battements et son propre sang ».[iii]

 

PAGESY


[i] Expression incluse dans la chanson « Mon pays » de Gilles Vigneault.

[ii] Fonds Pagesy, cahier 52, 22 décembre 2012.

[iii] Fonds Pagesy, cahier 50, 2 mars 2012.

*     *     *

LA VIE DE GILBERTE LAROCHE

Née à Montréal en 1922, Gilberte Laroche y élèvera ses 14 enfants. Femme résolument tournée vers sa famille, mère à temps plein, elle n’en demeurait pas moins une femme très curieuse, énergique, ouverte sur le monde. Cette humaniste qui a donné son corps à la science serait sûrement heureuse de savoir que ses mémoires contribuent désormais au patrimoine collectif.

Que de fois, j’ai entendu ma mère dire, suite au visionnement de reportages à la télé ou en terminant la lecture d’autobiographies diverses, « je devrais écrire mes mémoires…j’en aurais long à dire…» J’ai souhaité que ces paroles, lancées à la légère, deviennent réalité.

…Quel enfant ne souhaite pas connaître l’histoire de ses parents, en découvrir les secrets. La parole n’est-elle pas libératrice, révélatrice ?...Je l’ai donc incitée. Je l’ai encouragée, j’ai insisté. Elle qui était une excellente conteuse saurait sûrement mettre sur papier des fragments de ses mémoires ! Ce qu’elle a fait, sous forme de lettre à ses enfants, écrites sur une période de 2 ans, avant de décéder à l’âge de 62 ans.

Deux cahiers, totalisant 115 pages, où il est question de cette mère et de son mari, Charles Elliott, qui ont, au cœur de Montréal, élevé leurs huit garçons et leurs six filles, alors que les familles nombreuses s’y faisaient déjà plus rares. Deux cahiers, écrits à la main, où elle raconte des souvenirs de son enfance, sa mère autoritaire et son père, un syndicaliste et homme de musique passionné qu’elle adorait. Elle y décrit le Montréal des années vingt et trente, les grands magasins, les Ford à manivelle ou « à coup de pied » comme elle le dit. Elle y parle encore de sa rencontre avec mon père et de leur vie bien remplie, parsemée de bonheur et de beaucoup de difficultés….Tout cela raconté à ses enfants avec à la fois beaucoup d’amour, d’émotions…et de pudeur.

Il y est aussi question de ses rêves des voyages qu’elle n’a pu faire, de son désir d’être connectée sur le monde : «où en serez-vous dans les communications en l’an 2050 ? », dit-elle. Je la revois encore, écrire sur le bout de la table, la vaisselle tassée après le dîner, à tous les consulats et ambassades au Canada, prétextant des travaux scolaires de ses enfants pour demander de la documentation sur la faune, la flore, l’histoire, la géographie…de leur pays. Elle en avait amassé des boîtes pleines ! Je l’entends aussi, je l’entends nous raconter avec passion ses récentes lectures sur les Indiens d’Amérique, Norman Bethume, le féminisme, l’œuvre de Proust (À la recherche du temps perdu)…

Et puis, il y a l’histoire avec un petit « h » dans laquelle elle s’inscrivait. L’idée de penser, que peut-être, les écrits de cette mère, de cette femme pourraient d’une façon ou d’une autre alimenter des petits bouts de d’autres histoires, celles des gens ordinaires, celles des femmes ordinaires qui ont chacune à leur manière contribué à faire du Québec ce qu’il est aujourd’hui, eh bien, cette idée est réjouissante ! « On va étendre le cercle »…..

Monique ELLIOTT

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VOS LECTURES

Anne Claire REBEYEND, Dire et faire l’amour. Écrits intimes et confidences de 1910 à 2010. Paris, Textuel, 2011, 192p.

Quiconque se demande à quoi peuvent bien servir ses lettres ou son journal intime doit lire ce livre. L’historienne Anne Claire Rebeyend a puisé dans les lettres d’individus « ordinaires » préservées dans les archives autobiographiques (Association pour le patrimoine autobiographique) françaises pour nous offrir cette histoire des sentiments intimes. Car la façon d’exprimer ces sentiments, tout comme les attentes amoureuses et sexuelles, ont beaucoup changé pendant cent ans. Le XXe siècle a été celui du mariage d’amour, quand les femmes se mariaient en robe blanche pour afficher leur virginité, mais aussi celui du développement de l’éducation sexuelle, de la « révolution sexuelle » quand la sexualité s’est séparée de la procréation, et de l’acceptation de l’amour entre gens de même sexe. Entre ces deux pôles, il y a toute une gamme d’expression de sentiments qui sont étudiés ici et que l’auteure accompagne d’une riche iconographie. L’histoire de l’intime est maintenant un genre reconnu et, comme le dit l’auteure « l’amour est le grand sentiment mis en avant au XXe siècle ».

Andrée LÉVESQUE

 

Mario MIMEAULT, L’Exode québécois 1852-1925. Correspondance d’une famille dispersée en Amérique. Montréal, Septentrion, 2013, 443p.

Les Québécois ont toujours beaucoup bougé et la famille Lamontagne de Sainte-Anne-des-Monts en fourni un bon exemple. Le gaspésien Théodore-Jean Lamontagne, un des fondateurs du village, est un homme d’affaires prospère qui peut faire vivre ses enfants, mais quatre de ceux-ci vont choisir d’aller faire leur vie ailleurs. On quitte son village si on a des ambitions de réussite, il y a une « logique décisionnelle » dans ces migrations qui affectent les femmes comme les hommes. Cet éparpillement, de la Nouvelle-Angleterre à la Californie en passant par l’Ontario et la Colombie-Britannique, favorise la correspondance ; les membres d’une famille veulent garder contact. L’intérêt de ces lettres dépasse la vie familiale car les correspondants décrivent leur milieu social, parlent de leurs affaires et mentionnent les événements dont ils sont témoins. Échelonnées sur soixante-dix ans, les lettres échangées ont été respectées par la famille qui les a soigneusement conservées jusqu’à ce qu’elles soient déposées au Centre d’archives de la Gaspésie à Gaspé. L’historien Mario Mimeault a su les exploiter avec une grande finesse. Le texte est accompagné de nombreuses photos, et les cinq lettres reproduites en annexe donnent un aperçu des liens qui unissent les membres de la famille. Pour qui s’intéresse aux migrations, à la Gaspésie, à l’histoire de la famille, ce livre restera un incontournable.

Andrée LÉVESQUE

 

LESSARD, Denis, Anne KLEIN et Yvon LEMAY, « La salle de traitement des archives : trois regards, trois perspectives sur l’art et les archives », ETC, no 98 (février-juin 20113).

Cet article traite d’une expérience unique de traitement d’un fonds d’archives, celui d’une galerie d’art gérée par des artistes, le Centre des arts actuels Skol à Montréal. Les archives ont été traitées dans une des salles d’exposition de la galerie, ce qui permettait aux visiteurs de se familiariser avec le travail de l’archiviste.




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