Edition 2017-10-24 14:02:23
Le Bulletin de l’APM
 Volume V, numéro 1

 

Le Bulletin de l’APM

Volume V, numéro 1, printemps 2015

 

 

Les APM ont de nouveau obtenu une subvention de Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui permettra à l'archiviste Denis Lessard de poursuivre le traitement des fonds. Nous tenons à remercier la BAnQ pour son soutien.

Pour célébrer la Journée internationale des Archives, le 9 juin prochain, les Archives Passe-Mémoire vous invitent à des lectures de passages tirés de nos fonds. L'événement est ouvert au public et se tiendra à la Société d'histoire du Plateau Mont-Royal, 4450 rue St-Hubert, au coin de l'avenue Mont-Royal, à 17h30.

Ce Bulletin a pour thème le travail. Nous publions des extraits de journaux et de lettres trouvés dans les fonds de l'APM, où des diaristes et des correspondants expriment leurs réflexions sur le sujet et sur la place qu'occupe le travail dans leur vie.

L'archiviste Denis Lessard publie un compte rendu du fonds du décorateur Serge Lafrance, (APM 16), et Brian Martin, du collège Williams au Connecticut, publie celui de l'artiste homosexuel G.B. (APM 15).

Andrée Lévesque a rédigé le compte-rendu de l'autobiographie du syndicaliste Dan White dont la vie a été marquée par sa lutte pour de meilleures conditions de travail. Son texte se trouve dans la collection autobiographique puisqu'il en a reproduit plus d'un exemplaire pour ses petits-enfants. Pour « vos lectures ». Andrée Lévesque recense l’autobiographie de Weetaltuk E9 422.

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LE CHEMIN DE LA POUBELLE AUX APM

Lettres, journaux intimes, autobiographies, de multiples façons toutes sortes de documents personnels aboutissent aux Archives Passe-Mémoire. Le plus souvent, une personne décède et ses héritiers et héritières tombent sur des écrits qu’ils viennent confier aux APM. Dans certains cas, comme pour l'autobiographie d'Anna Belle Beaudin, ce n'est que quelques années plus tard qu'un membre de la famille trouve des documents dans une boite cachée au fond d’un placard.

Il y a aussi quelques diaristes contemporains qui viennent une ou deux fois par année déposer leur journal ; c'est le cas de Pagesy (APM 14). Il arrive parfois que des écrits cheminent mystérieusement avant de se retrouver sur nos tablettes. Quelqu’un nous a fait parvenir le journal d’une novice, déniché chez un brocanteur il y a plusieurs années (Fonds Géraldine Hamel APM 30). C’est grâce à son concierge, qui avait trouvé un cahier dans le garage d'un immeuble, que Sigfrid Tremblay a découvert le douzième carnet du journal personnel de Gilbert LaRue et nous l’a rendu (APM 19).

Une de nos dernières acquisitions se présente comme un roman. Qui n’a pas rêvé de faire des trouvailles dans un grenier ou une cave, ou entre deux murs ? Ce rêve s’est réalisé il y a 25 ans quand un locataire a remarqué une boite remplie de documents personnels à côté des poubelles de son appartement. Il contacte la personne dont le nom est sur la boite, ce dernier l’assure qu’il veut se débarrasser des papiers d’une cousine décédée en 1944. Celui qui a fait cette découverte a contacté la BANQ qui n’a pas répondu. Puis le Musée McCord qui n’était pas intéressé. Et c’est ainsi que 25 ans plus tard, les Archives Passe-Mémoire héritent des papiers d’Ida Gauthier, née à Québec en 1876, qui a tenu des journaux de voyage quand elle a poursuivi des études à la Sorbonne dans le cadre de l’Alliance française. Elle a enseigné dans des collèges américains et a terminé sa carrière à Greenwich au Connecticut. Elle repose au cimetière Belmont à Sainte-Foy. (APM43).

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LE TRAVAIL

On dit qu’il opprime, qu’il libère, qu’il ennuie, qu’il fatigue et parfois qu’il passionne. Dans les usines, dans les cuisines, dans les hôpitaux ou les salles de classe, dans tous les lieux de production, de transformation, de communication, partout le travail se manifeste sous différentes formes et occupe dans la vie des êtres humains une place essentielle pendant plusieurs années.

Les diaristes font allusion à leur travail, mais peu le décrivent. Les correspondants le mentionnent, s’en plaignent parfois, s’en réjouissent ailleurs, comme en font foi les lettres que renferment les Archives Passe-Mémoire.

Les APM possèdent des témoignages sur une variété d’occupations dont l’expérience varie selon le genre - car il existe une division sexuelle du travail de plus en plus marquée quand on recule dans le temps – et selon la classe sociale.

Le travail d’un décorateur comme Serge Lafrance, celui du journaliste Gilbert LaRue, ou celui de Pagesy (APM14), préposé dans un hôpital, qui prépare des corps pour la morgue, ne se comparent en rien à celui de Raymonde Proulx (APM35) qui décrit ses emplois dans des milieux de travail masculins, ou de Gilberte Laroche-Elliott (APM33) pour qui sa première journée à l’usine est un enfer. Les infirmières Janine Lavoie à Chicoutimi (APM18) Gisèle Charbonneau à Montréal (APM38) font part des longues heures de travail pendant les années 1940 et 1960, et Anna Belle Beaudin (APM28) » sur la Côte-Nord pendant les années 1920 décrit une vie quotidienne extrêmement difficile. Chaque occupation, chaque profession, contient ses aléas et ses récompenses. Si certaines personnes recourent à l'action collective pour combattre l'exploitation de leur travail, d'autres ont le don de garder leur optimisme et leur sérénité en accomplissant les tâches les plus rébarbatives.


Citations

« Trop de travail pour tenir ce journal, et pourtant c’est une véritable thérapie ». Guy Brunelle, f.s.c., Bamako, 15 janvier 1991. (Coll. Autobiographique)

« Cette nuit, au département des soins palliatifs de l’hôpital, beaucoup de travail. J’ai dû m’occuper de deux patients décédés. Je les ai enveloppés et conduits au sous-sol à la morgue. » Pagesy, 18 octobre 2013. (APM14)

« Bonjour Fripon, Ma journée s’est passée en lavant de la vaisselle et du linge. En faisant les repas, et en repassant, tout en travaillant au salon de coiffure. Comme je suis très très fatiguée, je m’étendais de temps en temps. À ce moment, il est 9 h. et je me couche car, si je continue à brûler la chandelle par les deux bouts, je ne pourrai plus rien faire, car il me faudra un repos complet. Aujourd’hui, j’étais devant la planche à repasser, et j’ai été obligée de m’adosser dessus en attendant que le fer chauffe. » Justine, 16 ans, Journal, 3 juillet 1961. (APM27)


Première journée à l'usine

« Mon père est mort, j’ai seize ans, ma mère m’explique que je dois penser à travailler pour gagner ma vie. Ça me semblait quelque chose de bien agréable. L’agent d’affaires du Syndicat (de son père) appelle ma mère un jour, il lui dit qu’il a un emploi qui m’attend dans une manufacture de chaussures. Je ne l’oublierai jamais de ma vie. C’était sur la rue St-Paul, un peu à l’ouest de la Chapelle Notre-Dame de Bonsecours, il était venu me reconduire le matin, je me suis crue dans l’enfer tant il y avait de monde, de bruit de machine et j’avais l’impression qu’on me prenait pour une bête curieuse, la fille qui m’initiait était bien fine avec moi, elle m’encourageait et me disait que dans quelques jours ça irait tout seul, mais il n’y a pas eu de « quelques jours » je me souviens le soir être retournée en tramway et quand je suis descendue au coin de Mont-Royal et Delorimier, face à la banque qui est toujours là, ma mère m’attendait et je n’avais pas le pied sur la dernière marche que j’éclatais en larmes, ma mère était tout affolée, elle croyait qu’il m’était arrivé un accident. Après avoir pleuré un bon coup, je lui ai expliqué que pour moi, l’usine c’était l’enfer. Elle m’a dit « n’y pense plus, tu n’iras plus jamais ».

Je me souviens le lendemain matin, elle m’a apporté mon déjeuné au lit.

Quelques mois plus tard, l’aumônier du syndicat à qui ma mère avait raconté ma journée en manufacture, lui a dit que si je voulais un emploi dans un hôpital de me présenter à l’Hôtel-Dieu, demander mère Marie Morin en son nom, et que j’aurai l’emploi, ce que j’ai fait, elle m’a demandé si je préférais la cuisine, la buanderie, ou… auprès des malades, j’ai choisi les malades et pendant quatre ans pour moi, ce ne fut pas un travail, amis un grand bonheur dont j’ai toujours gardé un bon souvenir, même si on travaillait très fort, même si on ne gagnait rien à l’époque (13$ par mois, nourrie et logée), mais moi je n’ai jamais été au département des employées parce que j’habitais avec ma mère après la mort de mon père on avait loué un trois pièces rue Des Érables près de Mont-Royal. »

Gilberte Laroche (APM19)

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COMPTES RENDUS

de fonds déposés aux APM


Fonds Serge Lafrance APM 16

Serge Lafrance est un homme passionné, pétillant comme le cidre que l’on produit aujourd’hui dans sa région natale du comté des Deux-Montagnes.

La trajectoire qui l’a mené à sa carrière de designer d’intérieur est unique.

Dans sa touchante histoire de vie, il explique le cheminement de sa sensibilité. Très tôt, il ne se sent pas fait pour les rudes travaux de la ferme. Il a horreur de voir tuer les animaux, surtout lorsque son chat Ti-gris, blessé, sera gazé par son père. Son goût penche plutôt pour le bricolage et les travaux habituellement réservés aux femmes.

Serge Lafrance a autour de six ans : pour jouer, et afin que sa mère puisse le voir de la fenêtre de la cuisine, on lui attribue une « petite maison », ancienne remise de matériel d’apiculteur, où il emménage, et qu’il repeint et décore.

Au sortir de l’adolescence, il écrit des poèmes, qui seront commentés plus tard par son professeur de collège Thérèse de Vernal et le mari de celle-ci, François de Vernal.

Le voyage d’études qu’il fera en France en 1967-1968 changera toute son existence, autant sur le plan personnel que professionnel. Il est confiant dans la vie qui lui apporte de belles rencontres. Ce sera aussi le point de départ de plusieurs échanges épistolaires, dont certains vont se poursuivre jusqu’à aujourd’hui.

La vie heureuse de Serge Lafrance n’en est pas moins parcourue par un combat intérieur et une certaine mélancolie; dans ses écrits, il revient périodiquement sur les thèmes de la solitude et du questionnement identitaire.

EXTRAITS

« Je suis d’un genre spécial et très difficile à comprendre et si j’essaie d’en découvrir la cause, je trouve la poésie. »

Serge Lafrance, lettre à Thérèse de Vernal en date du 3 juin 1963.


« Je réalise, enfin, que ma jeunesse m’a permis de vivre des instants de bonheur jusqu’ici ignorés. Ces instants de bonheur de jeunesse émerveillée et innocente m’amène [sic] à penser, à rêver, à vouloir sans cesse découvrir quelque chose d’inaccessible d’éternité d’impalpable : le merveilleux de la vie que je décrivais hier soir sous l’effet de l’alcool et de la fatigue touristique.

Le voyage en compagnie de la jeunesse (Jean) et de la vieillesse (Eric) me permet à moi et à moi seul de réaliser, là où je suis. »

Serge Lafrance, Journal de voyages, Londres, 12 juin 1985.

Mon ami Jean dort – et je suis heureux! Je crois avoir découvert un ami. Si c’était le rêve de ma vie : je peux mourir ou vivre demain et vieillir, essayer de vieillir avec toute l’énergie de mon cœur.

Serge Lafrance, Journal de voyages, Miami Beach, 29 mars 1988.


Denis Lessard

Serge Lafrance

Serge Lafrance en France 1968


13 novembre 1976

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Fonds de GB APM 15

Dans ses journaux intimes, GB raconte son évolution artistique et sa vie homosexuelle au Québec entre les années 1950 et 1980. À travers sa production artistique et littéraire, GB relate ses années en Mauricie, ses études à Sainte-Anne-de-Beaupré, ses séjours à Montréal, ainsi que ses voyages au Québec et aux États-Unis. Ces textes autobiographiques tracent la trajectoire de l’expérience homosexuelle québécoise à une époque déterminante: de la solitude, de la souffrance et de l’intolérance (familiale, médicale, religieuse) des années 1950 et 1960, à la libération et à l’expression (personnelle, mais aussi collective, sociale et politique) des années 1970 et 1980. Ces journaux intimes sont à la fois un témoignage touchant d’un artiste et mémorialiste mauricien, et un document précieux sur l’histoire gaie du Québec pendant la deuxième moitié du vingtième siècle.

Né dans un petit village de la Mauricie en 1933, GB a fait ses études secondaires à Sainte-Anne-de-Beaupré entre 1946-1949. C’est là où il a commencé à écrire son journal intime où il rend compte de ses premiers amours pour ses camarades de classe. En proie à des difficultés scolaires et financières, GB rentre en Mauricie entre 1950 et 1954. Dans sa région natale, il travaille comme assistant-mesureur sur les chantiers forestiers et comme comptable dans son village d’origine. Parallèlement, il poursuit sa passion pour le dessin et la peinture. Autodidacte, GB fait la rencontre d’autres artistes, tel que Rodolphe Duguay qui devient un ami intime, et expose ses premières œuvres au Séminaire de Trois-Rivières. Entre 1954-1958, GB étudie la peinture et le dessin à Montréal avec Maurice Raymond et Robert Roussil. Il réussit à exposer ses œuvres et à se faire beaucoup d’amis poètes, écrivains et compositeurs. C’est à cette époque qu’il commence à fréquenter d’autres homosexuels montréalais, rencontrés dans les bars, les parcs et les fêtes privées d’un milieu gai clandestin mais en pleine effervescence.

Malgré les plaisirs de cette découverte artistique, identitaire et sociale, le jeune GB souffre des retards de sa formation artistique (par rapport à des camarades plus privilégiés), ainsi que de difficultés financières, de déceptions amoureuses, et d’aléas émotionnels. À cette époque, même à Montréal, un jeune homosexuel doit cacher ses désirs et se contenter de relations furtives. Déprimé, GB fait une tentative de suicide. Entre 1957 et 1961, il est interné une première fois à l’Hôtel-Dieu de Montréal (où il subit une thérapie d’électrochoc), puis une deuxième fois à Saint-Michel-Archange à Québec.

En 1961, GB rentre définitivement en Mauricie et retrouve son ancien métier d’assistant-mesureur sur les chantiers forestiers en Haute-Mauricie où il travaillera jusqu’à sa retraite en 1983. Ce retour en Mauricie a coupé GB des milieux artistique et homosexuel de Montréal. Cependant, cette période qui va de 1961 à 1983 lui a donné la liberté de créer— alors qu’il travaillait sur les chantiers— une œuvre prodigieuse et prolifique qui compte des milliers de dessins et de peintures, ainsi que plusieurs volumes de journaux intimes, dont les quatre cahiers qui font partie de la collection des Archives Passe-Mémoire (1958-1983) et les cinq autres préservés aux Archives gaies du Québec (1983-2002). Dans ses journaux intimes, GB parle de son parcours personnel et artistique entre 1946 et 2002, de ses passions pour l’art, la poésie et la musique classique, de ses nombreux voyages (à Montréal et à Québec), de son travail sur les chantiers, de sa solitude, de ses amitiés et de ses amours. En bref, les journaux intimes de GB sont des documents d’une grande valeur historique et sociale sur la vie artistique et intellectuelle dans la campagne québécoise et sur la vie homosexuelle avant et après la libération gaie.

Brian Martin

Williams College, Massachusetts


G.B., dessin, avril 1958

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DE LA COLLECTION AUTOBIOGRAPHIQUE


Dave WHITE, Pursuing the Past, 1990.


Dave White appartenait à une classe ouvrière presque disparue aujourd’hui. Fils d’immigrants de Roumanie, né à Montréal en 1911, il est apprenti typographe, électricien, plombier, pour finalement passer plusieurs années dans le métier d’imprimeur. Mais son autobiographie ne se limite pas à parler de son travail.

Le texte de White, écrit en anglais, commence par une lettre à ses petits-fils leur expliquant le but de son exercice : retourner à ses racines. Il commence par raconter l’histoire de sa femme Clara Stein, née en Bessarabie (alors en Ukraine) au temps des pogroms tsaristes. Elle immigre à Montréal en 1928. Les parents de Dave, eux, fuient les pogroms roumains dès 1905 et triment dur pour élever leurs cinq enfants dans le nord de Montréal : ils gardent des vaches et une chèvre, et en vendent le lait ; le père travaille dans un atelier de tailleur, la mère dans un magasin de bonbons, et Dave vend des bouteilles de soda.

Sa sœur ainée l’amène tôt aux réunions des Petits Pionniers communistes. Plus tard viennent les Jeunesses communistes et pendant plus de quarante ans sa vie sera consacrée au militantisme ouvrier. Les années 1930 sont marquées par une forte répression des mouvements de Gauche : White sera arrêté une dizaine de fois et passera un mois à la prison de Bordeaux.

Il va là où l’envoie le Parti, connaît des périodes de chômage et garde toujours l’appui de Clara qui travaille dans la confection de vêtements. À Port-Arthur, le Parti lui suggère de changer son nom de Weiss à White pour ne pas attiser l’antisémitisme. Pendant la guerre, le couple se fixe à Windsor, où il travaille à l’usine Ford et pour le syndicat des Travailleurs de l’automobile (UAW). À une époque où les usines doivent remplir les contrats de guerre, White joue un rôle important dans l’organisation d’une des grèves les plus marquantes du mouvement ouvrier canadien.

La vie d’un communiste est indissociable des événements de son époque et, pensant peut-être à ses petits-enfants, White prend le temps d’expliquer la montée du nazisme, les méandres du Parti communiste et les grands événements politiques internationaux. Comme la plupart de ses camarades, il quittera le parti en 1956 après les révélations de la terreur stalinienne et l’entrée des chars russes en Hongrie. Il se lancera avec succès dans une nouvelle carrière d’agent d’immeuble.

White rédige son récit plus de trente ans après avoir rompu avec le communisme. Il peut être critique, mais il ne regrette pas ces années passées au service d’une Cause et de la promesse d’un monde meilleur.

Il convient de traduire ce qu’il écrit à la toute dernière page :

« Les années du communisme et du mouvement ouvrier furent les plus intéressantes et les plus fructueuses de ma vie. Je suis devenu une meilleure personne, plus instruite, plus consciente, plus attentive aux besoins des autres. Même en vivant dans un paradis illusoire, j’ai appris à mieux connaître les gens, la politique, l’économie, la géographie, la philosophie ». (113)

Extraits :

« La vie d’un agnostique est plus difficile que celle d’un croyant ». (43)

Conversation avec son camarade Harold Binder, après avoir quitté le Parti.

D.W. « Si on avait obtenu un État socialiste, tu m’aurais exécuté il y a longtemps. » - H.B. « Peut-être, mais pense à tous les gens que TU aurais exécutés ». Avec horreur, j’ai réalisé qu’il avait raison. » (42)

Andrée Lévesque

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VOS LECTURES

Eddy WEETALTUK, E9-422. Un Inuit, de la toundra à la guerre de Corée, Paris, Carnetsnord, 2009, p. 382. Traduction Marie-Claude Perrault.

Né dans la neige en 1932, alors que sa mère était allée couper du bois, Eddy Weetaltuk raconte sans complaisance sa vie d'aventures de la Baie James à l'Allemagne, en passant par la Corée. D'entrée en jeu il explique le sens de ce E9-422 qui figurait sur une pièce de métal que les Inuits devaient porter en tout temps : E pour est (de l'Arctique), 9 la région, et 422 son numéro d'identité. Le jeune Eddy échappe à la famine et à la tuberculose qui fait des ravages dans sa communauté mi-inuit mi-cri pour aller étudier jusqu'en huitième année chez les pères Oblats. Il y apprend le français et l’anglais, et il gardera une reconnaissance envers les missionnaires enseignants.

Avide de sortir de son milieu et de voir le monde, Weetaltuk s'enrôle dans les forces armées et sert en Corée en 1952 et 1953, puis sur des bases militaires au Canada et en Allemagne jusqu'en 1967. Il revient alors à Umiujaq où il décède en 2005, quelques jours après avoir mis le point final à son manuscrit.

Weetaltuk livre sa vie sans complaisance, avec ironie et réalisme : il raconte ses saouleries de soldat, ses virées dans les bordels, et aussi la camaraderie qui fait de l’armée sa famille d’adoption. Loin d'emprunter le rôle d'une victime, il se voit maitre de son destin, un message qu'il veut transmettre aux jeunes Inuits. Il expose ses questionnements sur son identité, sur la guerre, ainsi ses observations sur la société occidentale, sur les paysages et les villes aperçues d'un train par exemple, et sur le sens de sa vie. Sa condition de colonisé et de citoyen de deuxième classe le rend sensible aux autres groupes opprimés, comme ces prostituées japonaises et coréennes que se payent les soldats, que lui rappellent plus tard les femmes inuits au service des travailleurs d’Hydro Québec dans les années 1980.

Weetaltuk a rédigé seul, en anglais, son manuscrit, puis l’a envoyé au Musée de l'Homme, aujourd'hui le Musée de Civilisation, qui ne l’a pas publié. Grâce à l'anthropologue Thibault Martin, il a réussi à se faire traduire et publier en France. Une édition allemande vient de paraître, traduite par Helga Boris-Sawala et Rolf Sawala, heureusement enrichie de reproductions de pastels de Weetaltuk illustrant plusieurs moments de sa vie d'aventures.

EXTRAITS

« Le silence me rappelait celui de la banquise lorsqu’il n’y a pas de vent et que l’on peut entendre battre son cœur ». p. 144

« Aujourd’hui, lorsqu’on se promène dans la ville (à la Baie James), on peut voir plusieurs jeunes aux traits métissés. Si jamais vous en croisez un, pensez à sa mère. Parfois, je me demande s’il n’y a pas au Japon quelqu’un avec du sang inuit dans les veines ». p. 226.

Andrée Lévesque

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EN VRAC

Si vous êtes sur Facebook, ne manquez pas d’aller consulter notre page animée par Sophie Doucet.

Nous vous signalons la création d’un nouveau centre d’archives syndicales : le Centre d’histoire et d’archives du travail (CHAT) qui a pour mission de « sauvegarder les témoignages documentaires portant sur les luttes livrées par les syndicats pour bonifier les conditions de travail. Il vise à intéresser les chercheurs au monde du travail et au syndicalisme et à rendre l’histoire disponible pour la relève syndicale ».

Le CHAT est composé d’un rassemblement de militants et militantes représentatifs des organisations québécoises du monde du travail et de chercheurs-es engagé-es dans l’histoire des travailleurs et des travailleuses.

http://www.archivesdutravail.quebec/

Les Archives Passe-Mémoire sont enregistrées comme organisme sans but lucratif. Elles sont soutenues par des bénévoles – sauf pour l’archiviste Denis Lessard – et acceptent des dons. Il nous est cependant impossible d’émettre des reçus pour dons déductibles d’impôt. Nous apprécions beaucoup quand nos donateurs défraient le coût de la boite d'archives.




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